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UN REGARD SUR LES DÉPARTEMENTS

FNEEQ (CSN), 2009 ©
 
Les départements, assises de l’autonomie professionnelle
en enseignement supérieur
 
«…la gestion par les pairs dans les départements est un droit acquis que nous avons d’exercer un réel pouvoir sur notre travail. De plus, compte tenu du grand mouvement de personnel auquel nous assistons présentement […] il nous semble essentiel de réaffirmer que la gestion par les pairs est issue d’une vision démocratique de l’enseignement, qu’elle est née d’une volonté des premiers enseignants du collégial d’être partie prenante des décisions qui les concernaient, qu’elle a constamment été remise en question lors de chacune des négociations des conventions collectives, qu’elle a été maintenue grâce à la vigilance des syndicats et qu’elle nous permet, comme professeurs, d’avoir un pouvoir sur notre travail, de ne pas être de simples exécutants. Finalement, ce droit nous apparaît comme un bien précieux, menacé par le vent de droite et de technocratie qui caractérise les années actuelles, que nous devons protéger et utiliser au maximum malgré les difficultés qui lui sont inhérentes.»
Christiane Blais, La gestion par les pairs dans les départements, Prendre la place qui nous revient, Cégep Marie Victorin, mai 2008.
S’il est un lieu d’appartenance privilégié pour les enseignantes et les enseignants dans nos cégeps, s’il est une structure essentielle qui traduit bien concrètement l’appartenance de ces derniers à l’enseignement supérieur tout comme notre vision de ce que doit être l’enseignement collégial, c’est bien le département.

Dans l’esprit du Rapport Parent, qui a mené à la création des cégeps, le nouvel ordre d’enseignement qu’on allait mettre en place était beaucoup plus proche des universités que du secondaire. Dès lors s’imposait, dans le droit fil de cette vision des cégeps, la constitution de collectifs de travail disciplinaires, une organisation séculaire dans les universités, réunissant les enseignantes et les enseignants d’une même discipline ou de disciplines connexes. Comme les départements constituent l’expression la plus patente d’une autonomie professionnelle et «émique» qui nous est chère, ils ont toujours été, depuis la création des cégeps, au centre des préoccupations syndicales qui ont façonné les fondements de l’organisation du travail et de la convention collective actuelles.

On doit malheureusement constater que cette autonomie professionnelle, qui s’exprime en bonne partie par l’absence de structure hiérarchique dans le département, a été assez régulièrement remise en question au cours des années. Il a fallu une bataille syndicale, lors de la négociation de 1976, pour faire disparaître l’expression «de département». En 1982, l’idée de confier un rôle administratif aux responsables de la coordination départementale a refait surface: vivement dénoncée par les syndicats, elle a été abandonnée dans le décret qui allait suivre. Depuis, la conception d’un département comme groupe de pairs travaillant en collégialité a souvent été dans la mire de la partie patronale.

On pourrait croire que le danger d’une érosion progressive de l’autonomie professionnelle est moins grand en enseignement supérieur. Ce serait une erreur: la menace existe tout autant dans les cégeps et dans les universités et ce n’est pas le fruit d’un hasard. Elle participe directement d’une idéologie néolibérale qui entend mettre l’accent sur le rôle instrumental du système scolaire, qui voit l’éducation comme une dépense publique sur laquelle il faut resserrer le contrôle et qui conçoit l’éducation dans une logique productiviste: témoin les cibles de réussite et l’augmentation du nombre de redditions de comptes de toutes sortes que l’on entend mettre en place en enseignement supérieur. Les projets de loi 107 et 110 sur la gouvernance des universités et des cégeps en constituent de bons exemples. Dans l’ensemble de cette approche, le professeur est vu comme un exécutant.

La remise en question de l’influence que peuvent avoir les enseignantes et les enseignants dans leur établissement, les attaques envers leur autonomie professionnelle, tout cela n’est donc pas nouveau. Il a fallu de tout temps réaffirmer la légitimité de notre participation authentique aux décisions prises dans les cégeps: lorsque les commissions des études ont été mises en place à l’occasion de la réforme au collégial, le mode de représentation des enseignantes et des enseignants et leur nombre ont été, à de nombreux endroits, l’objet de vifs débats… et, parfois, même, de moyens de pression!

Rôle des enseignantes et des enseignants

Les enseignantes et les enseignants sont des professionnels de l’éducation et des spécialistes de discipline. On ne le redira jamais assez. Cela commande une gouvernance des établissements et une organisation du travail qui reflètent cette réalité. C'est pourquoi le fonctionnement en collégialité ainsi que le partage des expériences et des connaissances des professeurs conduisent à des décisions départementales riches et actualisées. Ces décisions guideront par la suite les orientations des comités de programme. Tout ce travail de concertation vise un but: offrir la meilleure qualité d'enseignement possible aux étudiantes et aux étudiants.

Certes, il faut prendre les moyens nécessaires pour que les fonds publics investis dans les cégeps soient sainement gérés et la chose scolaire doit bien sûr être organisée. Cependant, en leur qualité de professionnels, les enseignantes et les enseignants peuvent et doivent avoir un pouvoir certain sur les orientations de l'établissement, et ce, non seulement comme groupe, mais comme groupe organisé. C'est dans les assemblées syndicales que sont déterminées démocratiquement les positions permettant, par exemple, l'élaboration des politiques du collège, à la commission des études et au conseil d'administration.

En ce qui concerne les enseignements, l’autonomie professionnelle individuelle s’exprime par des choix relatifs aux contenus, par certaines approches pédagogiques, par des pratiques d’évaluation, etc. L’autonomie n’est toutefois pas l’indépendance et les choix ne peuvent être uniquement individuels. Ils doivent se faire dans un cadre partagé et assumé par un ou par des collectifs professionnels. Le lieu premier de cette régulation, c’est le département, là où la recherche de l’équilibre entre la pratique individuelle et l’expertise collective peut être cimentée par le partage d’une même formation disciplinaire ou de formations connexes. Voilà pourquoi les départements sont au cœur de l’enseignement collégial.

Le mode de fonctionnement départemental, toujours à réaffirmer

Depuis quelques années, plusieurs facteurs sont venus accentuer les pressions sur le mode de fonctionnement départemental.

La volonté accrue de contrôle dans l’enseignement supérieur évoquée plus haut pourrait se traduire par une propension des directions de collège à s’ingérer dans la conduite des départements. À titre d’exemple citons, la tentative d’exclure les coordonnatrices et les coordonnateurs de département de l’accréditation syndicale.

Il n’est pas inutile de relever que nous vivons, ces années-ci, un renouvellement massif du personnel. Pour les nouvelles et les nouveaux collègues, qui n’ont pas participé aux luttes passées en faveur de la reconnaissance de l’autonomie professionnelle1 et qui sont débordés par leur acclimatation à un nouveau milieu, il est difficile de prendre toute la mesure de l’importance des enjeux. Or, c’est une responsabilité syndicale que d’offrir à celles et ceux qui joignent nos rangs une occasion de s’initier à la façon dont les orientations se choisissent et les décisions se prennent en département ainsi qu’au partage des responsabilités prévues à la convention collective.

Finalement, nous devons aussi reconnaître que, pour cruciale qu’elle soit en regard de notre autonomie professionnelle, la gestion collégiale des départements n’est pas pour autant toujours facile. La modification de l’organisation du travail par l’introduction des comités de programme, l’augmentation générale de la tâche des enseignantes et des enseignants par un plus grand nombre de préparations et par une pression plus grande sur l’encadrement des étudiantes et des étudiants, l’accélération de l’expansion des connaissances et des développements technologiques, tous ces facteurs contribuent à diminuer la disponibilité pour le travail départemental... alors même que celui-ci a aussi beaucoup augmenté.

Forts de 40 ans de vie départementale, nous croyons qu’il est opportun de nous pencher à nouveau sur les différents éléments de celle-ci et d’en discuter en les situant dans un contexte contemporain.

À l’aube d’une nouvelle négociation, rediscuter des fondements et du fonctionnement départementaux n’est pas un luxe. Il s’agit plutôt et simplement, pour paraphraser le titre d’une étude de Christiane Blais que nous citerons à quelques reprises dans les pages qui suivent, de

PRENDRE ET CONSERVER LA PLACE QUI NOUS REVIENT.
 
Guide de l’utilisateur

Nous avons conçu cette formation par modules afin de permettre qu’ils soient abordés en réunion départementale, sans nécessairement le concours d’une animation extérieure. Il s’agit en quelque sorte d’un menu à la carte, qui suggère dans les faits une réflexion organisée, peut-être davantage qu’une «formation» au sens traditionnel du terme. Celles et ceux qui ont beaucoup d’appétit peuvent passer à travers tous les modules. Les autres peuvent se pencher sur les sujets qui concernent plus particulièrement certains aspects de la vie départementale.

Cette formule amène parfois, d’un module à un autre, quelques répétitions, mais elles sont peu nombreuses. La formation est disponible en version électronique et en version papier; elle comprend des documents d’accompagnement qui permettent d’approfondir certaines notions ou d’examiner des exemples détaillés.

Certains exécutifs syndicaux feront, au cours de la session, une tournée des départements; en prévision de celle-ci ou simplement lors d’une réunion départementale, nous suggérons que la personne responsable de la coordination lise au département l’introduction générale ainsi que la liste des sujets des modules. Un choix peut ensuite être arrêté.

Une ou des personnes intéressées, dans le département, peuvent ensuite se voir confier la tâche de préparer la présentation du ou des modules qui peuvent particulièrement susciter l’intérêt des membres de ce dernier.

Lors de la réunion, on procède à une brève présentation du module. On peut d’abord vérifier si tout est clair, puis engager une discussion. Cette dernière risque d’être plus intéressante si on lui assigne à l’avance l’objectif clair de chercher à améliorer la vie départementale, au regard du thème abordé.

Les pages qui suivent ont été conçues pour soutenir une telle démarche. Nous espérons que celle-ci pourra contribuer à maintenir actif et dynamique le fonctionnement du département et qu’elle permettra au plus grand nombre possible d’enseignantes et d’enseignants de s’y épanouir sur le plan professionnel.

Document produit par :
Yves Sabourin, membre du regroupement cégep affecté à l’élaboration de la formation
Micheline Thibodeau, déléguée à la coordination du regroupement cégep FNEEQ
Jean Trudelle, 2e vice-président de la FNEEQ
Conception et mise en page :
Ariane Bilodeau
Sylvie Patenaude
Illustrations :
Maud Gauthier